Pages

19/01/2017

Gambie : un jeudi sous très haute tension

Partagez !







Le président sortant Yahya Jammeh semblait décidé, mercredi 18 janvier au soir, à engager l’épreuve de force avec son successeur élu Adama Barrow, qui doit prêter serment ce 19 janvier.

Alors qu’un état d’urgence de trois mois était institué dans le pays, les armées de plusieurs États d’Afrique de l’Ouest semblaient sur le point d’intervenir dès minuit.

L’agitation diplomatique et militaire se faisait des plus intenses, mercredi 18 janvier, autour de la Gambie, signe d’une inquiétude à son paroxysme au sujet du petit État africain de 10 689 km² et deux millions d’habitants, enclavé à l’intérieur de son voisin Sénégal.

Pour rappel, Yahya Jammeh, dont le mandat de président devait expirer ce mercredi 18 janvier au soir, après sa défaite à l’élection du 1er décembre 2016, a refusé finalement de reconnaître la victoire du nouveau président élu Adama Barrow.
Adama Barrow prêtera serment, affirme son entourage

Ce dernier, qui doit être investi officiellement ce 19 janvier, se trouvait depuis peu au Sénégal, prônant l’appel au calme dans son pays mais n’apparaissant plus en public. Selon son entourage, il devrait toutefois prêter serment le jour prévu, en Gambie, sans que l’on puisse dire dans quelles conditions ni en quel lieu.

Décidé à aller jusqu’au bout dans le bras de fer qu’il a engagé, le président sortant, en poste à Banjul depuis plus de deux décennies, a obtenu dans cette journée décisive que le Parlement vote la prolongation pour 90 jours de son mandat, accompagnée pour la même période d’un état d’urgence. Une initiative condamnée par son successeur et par la communauté internationale.
Le Nigéria et le Sénégal mobilisent leurs troupes

Agissant de la sorte, Yahya Jammeh fait fi, une nouvelle fois, de la légitimité d’Adama Barrow, mais aussi des pressions de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), qui menace d’envoyer son armée et d’utiliser la manière forte si le sortant s’accroche ne serait-ce qu’une journée de plus à son pouvoir.

Le Nigeria se préparait, à la veille de la passation de pouvoir présumée, dans l’éventualité d’une intervention militaire. Son armée de l’air annonçait l’envoi d’« un contingent de 200 hommes, ainsi qu’une flotte d’aviation comprenant un avion de combat, des cargos, un hélicoptère et un avion de surveillance et de reconnaissance à Dakar » en vue d’une opération en Gambie.

Le Sénégal, de son côté, présentait ce 18 janvier un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU, visant à autoriser la Cédéao à prendre « toutes les mesures nécessaires » pour assurer une passation de pouvoirs en Gambie.

Ce projet, qui relève que l’« instabilité en Gambie pourrait menacer la paix internationale et la sécurité de la région », presse le président sortant de « mener un processus de transition pacifique et ordonné ».
Exode vers les pays voisins et risque de pénurie

Dans le pays même, la situation est des plus instables. Si Banjul avait le 18 janvier des allures de ville calme – circulation réduite, boutiques fermées… –, des milliers de Gambiens et d’étrangers, touristes anglais ou néerlandais notamment, bien conscients du risque d’embrasement et de la pénurie de denrées dans plusieurs quartiers, fuyaient le pays pour se rendre au Sénégal ou en Guinée-Bissau.

Sur un plan politique, les dissidences se multipliaient aussi au sein du gouvernement sortant. Après le ministre de la Santé le 17 janvier, la vice-présidente Isatou Njie Saidy démissionnait le 18. Plusieurs autres ministres les avaient précédés.
L’Église sénégalaise prône une solution pacifique jusqu’au bout

Devant une situation explosive, l’Église catholique sénégalaise ne cachait pas sa préoccupation. Début janvier, Mgr Paul Abel Mamba, évêque du diocèse de Ziguinchor, au sud du Sénégal, s’était déjà opposé à toute intervention militaire en Gambie, et ce malgré l’opposition très forte des Chrétiens gambiens, ultra-minoritaires, au président sortant qui avait instauré un État islamique dans son pays en décembre 2015.

L’évêque de Ziguinchor a au contraire invité les bonnes volontés à intervenir pour éviter une « effusion de sang » : « Il faut que Yaya Jammeh puisse faire preuve de raison en cédant le pouvoir et permettre à celui qui a été élu par les Gambiens de continuer le travail. Parce que l’État est une continuité. Cela évitera une violence inutile », a-t-il notamment déclaré.

L’ultime tentative de médiation autour de cette crise fait écho à cette position de l’Église. Elle émanait mercredi 18 janvier de la Mauritanie. Le chef de l’État mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a pris l’avion dans l’après-midi pour se rendre à Banjul dans l’espoir d’une issue politique de dernière minute.

Mais l’espoir est infime. Comme l’a indiqué depuis Dakar Mai Fatty, porte-parole du président élu gambien, « si Jammeh ne démissionne pas à minuit » le 18 janvier, « il sera déclaré hors-la-loi, chef rebelle, et sera traité en conséquence ». Dans la soirée de ce mercredi, de fait, le Sénégal se disait prêt à intervenir dès minuit.




Source & Crédits photo : Lacroix.com Infographie : AFP 

Aucun commentaire:
Votre commentaire
Vous aimerez peut-être × +