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20/01/2017

Mali : l'armée française revoit à la hausse le bilan de l'attentat de Gao

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L'attaque commise mercredi a tué 77 personnes parmi les combattants issus de groupes armés signataires de l'accord de paix. Le groupe islamiste Al Mourabitoune, lié à al-Qaida et dirigé par le djihadiste Mokhtar Belmokhtar, a revendiqué cette attaque.

Déjà ensablé depuis des mois, le processus de paix au Mali vient de recevoir un nouveau coup dur. Mercredi, un attentat suicide a frappé Gao, la grande ville du nord du pays, faisant 77 morts selon le dernier bilan donné par l'armée française. Cette attaque, la plus importante jamais perpétrée au Mali, a touché un camp militaire au centre de la cité où se trouvent regroupés les hommes du Mécanisme opérationnel de coordination (Moc). Ce système est censé placer sous un drapeau commun les troupes des différentes rébellions ayant secoué le pays en 2012 et l'armée malienne.

Selon les premières informations, un pick-up aux couleurs du Moc, conduit par un homme en uniforme, aurait pénétré de force dans la base vers 9 heures, moment précis de la fin rassemblement des troupes dans la cour. Il se serait dirigé vers les soldats avant d'exploser. Le bilan précis n'était pas connu mercredi après-midi. «Il n'y a qu'une chose certaine, il sera lourd», confiait une source militaire qui évoquait «sans doute une cinquantaine de morts et une centaine de blessés». On ignorait aussi l'origine des victimes qui pourraient tout aussi bien appartenir à l'armée malienne qu'à l'un des groupes armés proches du gouvernement ou à un mouvement touareg.

Le groupe islamiste Al Mourabitoune, lié à al-Qaida et dirigé par le djihadiste Mokhtar Belmokhtar, a revendiqué la responsabilité de cet attentat suicide, a rapporté une agence de presse mauritanienne, Al-Akhbar. Il a précisé que l'attaque visait à punir les groupes coopérant avec la France. qui compte un millier de soldats à Gao dans le cadre de son opération antiterroriste Barkhane. Cette attaque «est une catastrophe qui risque de faire reculer les perspectives de paix», a expliqué un militaire malien.

Le Moc est une pièce centrale de la mise en œuvre des accords de paix entre les différentes parties signés en juin 2015 à Alger. Il doit permettre d'organiser des patrouilles communes afin de sécuriser les nombreuses zones. À terme, le Mécanisme sera aussi le réceptacle pour mettre en place un désarmement par une intégration des factions au sein de l'armée malienne. Ces Moc étaient depuis 18 mois de simples projets.

Celui de Gao était le début d'une première concrétisation qui avait réclamé des mois de négociations tendues sous la médiation de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma). Il n'est en place que depuis le 2 janvier, avec environ 600 hommes également répartis entre ceux de l'armée malienne, de la «Plateforme», un groupement de milices considérées comme proche de gouvernement et de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), essentiellement des groupes touaregs de l'extrême nord. «C'est une grande avancée. Ce Moc va nous permette d'enfin aller vers une réconciliation», se félicitait lundi un responsable de la Minusma.

Sans forcément ruiner tous les efforts, l'attentat de mercredi va rendre les choses plus difficiles. Le principal frein à un rapprochement est l'hostilité qui continue d'animer les anciens ennemis. «Le manque de confiance enlise l'accord de Bamako», assure un haut fonctionnaire de Ménaka, une ville proche de Gao. Au-delà des mouvements armés, le doute touche aussi les populations civiles des différents camps. Ainsi, début décembre, les habitants de Gao, proches de la Plateforme, avaient manifesté contre l'entrée des hommes de la CMA dans la ville.

La défiance finit par miner les mouvements eux-mêmes, tous très hétéroclites. «Dans chaque groupe, on trouve des responsables qui refusent tout rapprochement. Beaucoup de gens n'ont aucun intérêt à la paix», remarque cette même source. Dans cette zone où les trafics sont traditionnels, des armes à la drogue en passant par les migrants, l'atmosphère de semi-anarchie et l'absence de l'État n'ont fait que rendre les marchés plus simples et plus profitables.

Les morts de Gao risquent d'aggraver les divergences de vue. Ils vont de même affaiblir le crédit de la Minusma, déjà bien entamé, et au-delà celui de tous les internationaux, notamment les soldats français de la force «Barkhane» dont plus d'un millier est stationné à Gao. La Minusma était en effet chargée de la sécurité du camp de Moc visé par l'attaque terroriste. Mercredi, des habitants de Gao se sont regroupés pour crier leur hostilité envers les Casques bleus mais aucun incident n'a été signalé.

Lefigaro.fr Photo: Stringer/AFP

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