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18/01/2017

La gifle constitue une «humiliation» pour Manuel Valls

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VIDÉO - À cinq jours du premier tour de la primaire socialiste, le geste violent visant celui qui porte l'héritage du quinquennat pourrait marquer un tournant dans la candidature de l'ancien premier ministre, selon les experts en communication politique.

L'acte n'est pas inédit dans l'histoire de la Ve République, mais il illustre la crispation que provoque Manuel Valls. En déplacement en Bretagne, le candidat à la primaire de la gauche a reçu une gifle mardi soir d'un militant engagé dans la cause régionale bretonne. Cet événement pourrait jouer un rôle en vue du premier tour de la primaire, ce dimanche, d'après Philippe Moreau Chevrolet* et Philippe J. Maarek**, deux experts en communication politique interrogés par Le Figaro.



L'image d'un candidat fragile et humilié

D'après Philippe Moreau Chevrolet, ce geste est un tournant pour l'homme politique. Il le compare à une autre gifle, cette fois en 2002: François Bayrou avait donné une claque à un enfant qui essayait de lui faire les poches durant la campagne présidentielle. À l'époque, les Français avaient salué une marque d'autorité. Le candidat avait gagné en légitimité pour finir 4e au premier tour. À l'inverse, l'action du jeune Breton est humiliante: «Le candidat passe pour une personne fragile, qui ne peut se protéger. Pour l'ancien premier flic de France, c'est une gifle au sens propre comme au sens figuré.»

Manuel Valls a rapidement tenté de relativiser: «Il y a ceux qui contestent la démocratie et ceux qui l'incarnent comme les hommes politiques. La démocratie ne peut pas être la violence.» «Il a cherché à décentraliser l'action et dédramatiser en affirmant que c'était l'État qui était visé, ajoute l'expert en communication politique. Il ne pouvait de toute façon par répondre par de la violence. Pourtant, Manuel Valls était bien la cible.»

Une réaction à l'impopularité du quinquennat

D'après Philippe J. Maarek, «Manuel Valls n'a pas réussi à se détacher de l'impopularité du quinquennat de François Hollande.» S'il n'est plus premier ministre depuis le 6 décembre dernier, il représente toujours le gouvernement dans l'imaginaire collectif. «Il est coincé dans le passé, ne représente rien de neuf», ajoute Philippe Moreau Chevrolet. Le candidat à la primaire de la Belle alliance populaire reste la figure des mesures impopulaires, en particulier de la loi travail. D'ailleurs, à la violence de la gifle, la plupart des internautes ont rétorqué que le 49-3 était au moins aussi violent.

 Symbole d'une élite désavouée

Philippe J. Maarek juge que si cet affront physique est rare, il est «représentatif du climat populiste actuel.» Il précise: «L'agresseur rejette une partie du processus démocratique, puisque cela vise à empêcher un candidat de faire campagne, période essentielle où le citoyen a un rôle à jouer.» À ses yeux, cela illustre «l'exaspération d'une partie de la population».
De Jean-Luc Mélenchon, qui «condamne les agressions physiques en politique» sur son compte Facebook, à Gilbert Collard, qui sur Twitter considère cet événement «scandaleux», l'ensemble de la classe politique semble unanime pour condamner le geste du militant breton. Cette union peut justement être à double tranchant, et légitimer la pensée du «tous les mêmes».

Une violence qui va crescendo

En 2008, rappelle Philippe Moreau Chevrolet, lorsqu'un homme a refusé la poignée de main de Nicolas Sarkozy, auquel le candidat de l'UMP répondra le désormais célèbre «Casse-toi, pauv' con», la défiance se faisait dans le refus de communication. Aujourd'hui, le contact physique avec l'homme politique est franchi. Si l'enfarinage ou l'entartrage restent dans le domaine de la farce, d'après les experts, la gifle gravit un nouveau cap dans l'agressivité envers les représentants de l'État.

Et Philippe J. Maarek estime que, dans ce contexte, d'autres événements sont à prévoir: «Vu la viralité de la vidéo de Manuel Valls à Lamballe sur les réseaux sociaux et YouTube, d'autres personnes souhaitant avoir un effet médiatique important risquent de reproduire ces actions.» Déjà ce mercredi matin, un auditeur de France Inter a interpellé l'ancien premier ministre:«Salut Manu, je ne sais pas si tu trouves ça normal ou pas. La claque, je pense qu'on est 66 millions à vouloir te la mettre.» J. Philippe Maarek s'interroge d'ailleurs «On peut se demander de quel acte auraient été capable les opposants de François Hollande si le président était reparti en campagne.»

lefigaro.fr

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