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20/01/2017

Donald Trump : une investiture pas comme les autres

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C'est une cérémonie inhabituelle. D'ordinaire, les investitures sont une grande célébration d'unité nationale. Mais le ton n'était pas vraiment à l'harmonie. Et pas seulement parce qu'il s'est mis à pleuvoir à peu près au moment où Donald Trump a commencé son discours...

Le nouveau président est arrivé, l'air sombre, tout comme d'ailleurs Melania et leur fils Barron, dix ans, qui aurait tout donné, semble-t-il, pour être ailleurs. Il a embrassé Michelle Obama, qui n'a pas eu l'air enchantée, mais n'a pas serré la main d'Hillary Clinton. Ni ne l'a regardée. Et tout le monde avait l'air mal à l'aise comme à un mariage de familles qui se détestent. Ce qui contraste étonnamment avec Barack Obama qui, lui, toujours très gracieux, est arrivé en souriant.
Clinton présente pour « honorer la démocratie »

Toute la famille Trump était bien sûr de la partie. Melania resplendissante dans une tenue bleue Ralph Lauren, directement inspirée de la robe que portait Jackie Kennedy en 1961 lors de l'investiture de son mari ; tous les enfants, mais aussi la sœur de Donald, Maryanne, un juge fédéral.

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Tout Washington était là aussi ou presque : les présidents Jimmy Carter, George W. Bush, Bill Clinton. George Bush père était absent, car hospitalisé. Hillary Clinton, en blanc, la couleur des suffragettes, avait aussi fait le déplacement, malgré le contexte qui devait être particulièrement pénible pour elle. « Je suis là pour honorer notre démocratie », a-t-elle écrit sur Twitter.


Il y avait aussi les leaders politiques, les juges de la Cour suprême, Bernie Sanders, les futurs ministres, Omarosa Manigault (une gagnante de l'émission de Trump The Apprentice qui a un rôle dans la nouvelle Administration), Kellyanne Conway, sa directrice de campagne habillée d'une robe tricolore de Gucci qu'elle a appelé « la tenue révolutionnaire de Trump ».

Il manquait pourtant quelque soixante-dix élus démocrates qui ont décidé de boycotter la cérémonie, estimant que le nouveau président n'était pas légitime. John Kerry aussi. Le secrétaire d'État s'est trouvé autre chose à faire. Ce type de boycott massif est une première dans l'histoire moderne : ce rite de la démocratie américaine étant un moment de réconciliation nationale. Même les artistes invités se sont déchirés. Au moins un des chanteurs du chœur mormon du Tabernacle, présent à l'investiture, a démissionné, car il ne voulait pas participer à la cérémonie.

La foule bien moins nombreuse qu'il y a huit ans n'était pas non plus d'humeur conciliante si l'on en juge les chants à coup de « Mettez-la en taule » quand les écrans ont montré Hillary Clinton. Peut-être parce que, contrairement aux investitures d'Obama, elle était aussi beaucoup moins diverse avec une majorité écrasante de Blancs. Donald Trump arrive au pouvoir avec une des cotes de popularité les plus basses de l'histoire : selon les sondages, 40 % seulement des Américains approuvent son travail pendant la transition. Ça n'a pas empêché Trump de tweeter ce matin : « Le mouvement continue, le travail commence. »

Un discours... de candidat ?

Mais le plus frappant, c'est le ton des discours. D'habitude, les orateurs mettent de côté les tensions pour appeler à l'union. Le sénateur démocrate Schumer a invoqué « la fracture des médias » et les divisions du moment. Donald Trump avait fait fort dès le matin. Le pasteur qu'il a choisi pour célébrer la messe, Robert Jeffress de Dallas, a, dans le passé, condamné les mormons, les musulmans et les homosexuels, et déclaré qu'Obama avait préparé la voie à l'Antéchrist.

Quant au discours du nouveau président, au lieu de promettre comme ses prédécesseurs un avenir rose et de prêcher l'unité, il a repris le ton noir et apocalyptique de sa campagne. Il a d'abord décrit Washington comme si c'était une ville ennemie qu'il venait de remporter. Il a ensuite peint un pays en plein chaos, assiégé, évoquant les usines fermées, le crime, les gangs, la drogue... Bref, un « carnage » qu'il va, lui, arrêter en privilégiant en place « l'Amérique d'abord », son grand thème de campagne. L'image que l'on gardera de cette journée, c'est sans doute celle du président brandissant le poing en signe de victoire. Ce qui augure mal de la réconciliation nationale...

Le Point

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