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30/01/2017

Décret anti-immigration : la fatwa de Donald Trump

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Un décret édifie un nouveau mur de Berlin : entre les États-Unis et l'islam. Les djihadistes jubilent. Analyse.

Neuf jours après son accession au grade de président des États-Unis, Donald Trump a cessé de faire rire. À ceux qui minimisaient ses propos de campagne – « il ne fera pas la moitié de ce qu'il a dit » –, le businessman a répondu par une salve de décrets présidentiels.

Une décision prise à la hâte marquera durablement l'histoire géopolitique des États-Unis : celle de bannir temporairement (120 jours) l'arrivée sur le sol américain des ressortissants de sept pays. Iran, Irak, Syrie, Soudan, Somalie, Libye, Yémen. Six pays arabes et un perse. Sept pays musulmans. Sept pays dont tous les natifs sont désormais suspects et coupables, pour 120 jours, d'être de potentiels terroristes.

Le fantasque 45e locataire de la Maison-Blanche en a décidé ainsi au nom de la sécurité nationale. Les chrétiens sont épargnés par cette mesure. Ce n'est pas la première fois qu'un président use d'une pareille mesure, mais le contexte n'est pas le même.

Le précédent Roosevelt à l'égard des Japonais

En 1945, le président Franklin D. Roosevelt avait signé un décret qui permettait de placer les ressortissants nippons dans des camps. Ce fait historique peu propagé fut une page sombre de l'histoire d'un pays qui a toujours progressé en attirant de nombreux immigrés.

Soixante et un ans plus tard, Trump applique ce qu'il avait claironné lors de ses meetings. Il édifie ainsi par le verbe un nouveau mur de Berlin, celui-ci courant du Rio Grande jusqu'à Téhéran, Tripoli ou Aden.

Quiconque se rend aux USA sait que franchir la douane n'a rien d'aisé. Il faut à l'avance, « citoyen européen inclus », remplir des formulaires en ligne, montrer patte blanche, cocher une case garantissant que l'on n'est pas un potentiel poseur de bombes. Néanmoins, idéologie oblige, Trump a décidé d'ériger avec sa petite truelle populiste un mur entre sept pays et le sien.

Une mesure qui cible les musulmans

Si le show-biz américain s'est élevé ce week-end contre ce décret, notamment lors de la cérémonie de clôture du Festival de Sundance, temple du cinéma d'auteur mondial, si des dirigeants européens (Merkel, Hollande) ont rappelé l'importance des valeurs, de la morale pour être grossier, si le pape a estimé que Trump n'agissait pas comme un chrétien, si Justin Trudeau a ouvert les portes du Canada aux réprouvés de l'Amérique selon Trump, une organisation s'est, elle, félicitée de cet acte : l'État islamique.

L'organisation djihadiste jubile. Selon elle, les États-Unis prouvent ainsi qu'ils sont en guerre contre l'islam, les musulmans et non le terrorisme. Désormais, bon courage aux diplomates américains basés dans les pays arabes et/ou musulmans pour vivre au quotidien avec une politique qui met en danger chaque citoyen américain expatrié. Cela va du touriste à l'entrepreneur, de l'ambassadeur à l'Américain moyen implanté à Bagdad, à Rabat ou au Caire. Ce décret cible les musulmans.

En suspectant des pires intentions belliqueuses chaque croyant yéménite, syrien, irakien, libyen, somalien, soudanais et iranien, l'administration Trump a semé durablement les graines d'une haine dopée à l'incompréhension, l'injustice. Les modérés des sept pays temporairement bannis sont les premières victimes de l'édification de ce mur administratif. Piégés dans un pays en guerre, condamnés à ne pas émigrer dans un pays qui avait toujours su attirer le monde entier.

Une nouvelle version de La Lettre écarlate

Pas évident que les services de renseignements US s'y retrouvent dans ce choix de politique étrangère. En ciblant sept pays, Trump et ses conseillers ont édicté une fatwa depuis Washington.

Fatwa qui ne concerne pas l'ami égyptien ni l'allié saoudien. Et si on poursuivait cette logique jusqu'au bout ? Tout pays musulman comptant parmi les siens des djihadistes (Tunisie, Arabie saoudite, Maroc…) devrait alors être banni. Ainsi que la France qui compte des centaines de daechiens en Irak et en Syrie. Et l'Allemagne… Trump réécrit sans le savoir La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne.

Une femme y était contrainte de porter la lettre A sur ses vêtements. A pour adultère. C'était en 1850. Quid d'un M pour musulman en 2017 ? La Maison-Blanche vient d'édicter sa première fatwa, sport qui était jusque-là dévolu aux autorités religieuses les plus archaïques du monde.

Trump vient de rendre un fier service à Al-Qaïda et consorts. Et met en ébullition un monde musulman qui court de Casablanca jusqu'en Indonésie… En neuf jours d'exercice du pouvoir, c'est un exploit à sa manière.

Lepoint

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