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20/01/2017

Dix questions sur la présidence de Donald Trump

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 Trump va-t-il rester Trump ?

Depuis novembre, l’Amérique attend de voir Donald Trump abandonner le costume du candidat puncheur pour enfiler celui du président rassembleur. En vain : l’homme d’affaires républicain persiste à dénigrer ses critiques à l’occasion de tweets cinglants, visant aussi bien des hommes politiques que des émissions satiriques de la télévision américaine, ou des stars hollywoodiennes, comme Meryl Streep.

Bien qu’élu, il refuse de prendre de la hauteur et reste dans l’arène, entretenant un climat d’agressivité, voire d’intimidation. Cette attitude explique le regard négatif de l’opinion publique sur cette phase de transition : seuls quatre Américains sur dix approuvent la façon dont Donald Trump l’a gérée, moitié moins que Barack Obama en 2009.

Après une campagne éprouvante, le pays veut passer à autre chose. Mais il est peu probable que Donald Trump rentre dans le moule. Il a annoncé qu’il continuerait à tweeter, pour court-circuiter une presse jugée hostile. Tous les portraits du nouveau président font par ailleurs de cette attitude de combat sa seconde nature, depuis son enfance jusqu’à la gestion de ses affaires. Ses provocations correspondent aussi à sa vision des négociations, qu’il entame souvent en poussant ses adversaires dans les cordes…

Son accession à la présidence met-elle en danger la démocratie américaine ?

Bien qu’à la tête des États-Unis à partir d’aujourd’hui, Donald Trump n’est pas seul au sommet. La Constitution américaine, née du combat contre la couronne anglaise, prévoit un équilibre très étudié des pouvoirs pour prévenir l’avènement d’un tyran. Le président n’apparaît du reste que dans l’article 2 de la Constitution, après le Congrès.

Dans le cadre de son action, le locataire de la Maison-Blanche a besoin des parlementaires : ce sont eux qui votent les lois, le budget, etc. Et même si les deux chambres sont aujourd’hui contrôlées par les alliés du nouveau président, les sujets de divisions ne manquent pas – sur l’attitude face à la Russie, la remise en cause du libre-échange…

En d’autres termes, Donald Trump – comme Barack Obama avant lui – n’a pas les pleins pouvoirs. La Cour suprême joue aussi un rôle décisif, indépendant de la présidence même si Donald Trump aura à choisir au moins un de ses juges.

Néanmoins, les institutions ne sont pas tout. En dépit de cette constitution immuable, les États-Unis ont déjà connu des excès – la chasse aux sorcières maccarthystes, l’internement des Américains d’origine japonaise durant la Seconde Guerre mondiale… Certains redoutent une nouvelle dérive alors que les médias traditionnels ont perdu une bonne partie de leur crédibilité et de leur public, et que la vérité est plus aisément manipulable.

Quelles seront ses priorités sur le plan intérieur ?

La montée en puissance de Donald Trump depuis son entrée dans la campagne s’est faite, d’abord, sur le terrain économique : il a promis de ramener les usines aux États-Unis, en baissant les impôts sur les sociétés, mais surtout en renégociant les accords de libre-échange et en taxant les importations. La lutte contre l’immigration clandestine doit aussi, assure-t-il, aider les Américains en supprimant une concurrence déloyale.

Dès la semaine prochaine, le président signera des décrets confirmant ces priorités. Il devrait revenir sur des réglementations environnementales de Barack Obama, ainsi que sur des dispositions prises par le président démocrate pour mettre provisoirement certaines catégories d’immigrés clandestins à l’abri des poursuites.

Sur les enjeux de société, Donald Trump ne devrait pas tarder non plus à donner des gages à la base républicaine, en annonçant son choix de candidat pour le poste vacant à la Cour suprême : un juge opposé à l’avortement.

Ceci devrait occasionner une bataille avec les sénateurs démocrates qui ont le pouvoir de bloquer cette nomination – 60 sénateurs sont nécessaires pour confirmer un juge à la Cour suprême, et les républicains n’ont que 52 sièges.

Donald Trump a déjà menacé les élus de l’opposition d’attaques massives sur Twitter en cas d’obstruction. Notamment contre ceux représentant des États l’ayant soutenu en novembre.

Quelles sont ses convictions religieuses ?

Le président élu a été baptisé et confirmé dans la First Presbyterian Church, l’église presbytérienne du quartier de Jamaica à Queens (New York) où il a grandi. Dans les années 1960, ses parents ont rejoint la Marble Collegiate Church, sur la Cinquième avenue à Manhattan, attirés par la personnalité de son pasteur, Norman Vincent Peale. Cette église appartient à une autre dénomination protestante, la Reformed Church in America, fondée en 1628. Donald Trump l’a fréquentée pendant près de cinquante ans et s’y est marié religieusement avec sa première et sa seconde femme. Auteur du best-seller The Power of Positive Thinking, publié en 1952, Norman Vincent Peale prêchait l’optimisme et la réussite, matérielle autant que spirituelle. Supporter de Richard Nixon, très hostile à la candidature du catholique John Kennedy en 1960, il admirait les hommes d’affaires prospères et truffait ses sermons d’anecdotes sur les grands industriels qu’il connaissait. Dans son livre, il développait une sorte de théologie du succès prônant la confiance en soir comme philosophie de vie. Cette approche a d’autant plus séduit Donald Trump qu’elle répondait à la culture de sa famille : ne pas hésiter à plier les règles, tout faire pour gagner.

Plus pratique que théologique, le message de Norman Vincent Peale, décédé en 1993, fait écho à « l’Évangile de la Prospérité », que pratiquent des téléévangélistes selon qui Dieu choisit de récompenser certaines personnes avec la richesse matérielle. La campagne de Donald Trump a bénéficié du soutien de prédicateurs de la prospérité comme Mark Burns et Darrell Scott.

Que compte-t-il vraiment faire au Proche-Orient ?

Comment le nouveau président américain mettra-t-il en œuvre ses positions sur le Proche-Orient ? Énoncées avec détermination, elles semblent le plus souvent inconciliables. Israël, dont le premier ministre Netanyahou voit en Donald Trump un « vrai ami », attend qu’il honore son engagement de déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Mais le coût d’un tel transfert, au potentiel explosif dans le monde arabo-musulman (Jérusalem est la troisième ville sainte de l’islam), pourrait être élevé. Washington risquerait d’y perdre, entre autres, son allié saoudien.

Avec le dossier iranien, sur lequel il s’est prononcé, Donald Trump joue gros aussi. L’accord signé en 2015 par les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, l’Allemagne et l’Iran, qui contrôle le programme nucléaire de Téhéran en contrepartie d’une levée progressive des sanctions, est « le plus stupide de l’histoire », selon lui. Si les États-Unis s’en retiraient, Donald Trump pourrait cette fois déplaire à la Russie. L’Iran est en effet un partenaire important de Moscou, en Syrie surtout où le président américain est attendu par Bachar al Assad comme un soutien contre Daech.

Avec lui, les États-Unis et la Russie peuvent-ils devenir des alliés ?

Donald Trump entretient des relations suivies avec la Russie depuis les années 1990 et a clamé à plusieurs reprises sa volonté de se rapprocher de Moscou après les années difficiles des présidences Bush et Obama. Pour mener à bien ce projet, il s’appuiera sur plusieurs membres russophiles de son équipe. Mettra-t-il fin pour autant aux sanctions économiques américaines décidées après l’intervention russe en Crimée puis dans l’est de l’Ukraine ? L’intéressé s’est montré ambigu, se disant prêt à les « maintenir pour quelque temps », tout en précisant : « Si vous vous entendez bien, pourquoi infliger des sanctions à quelqu’un qui accomplit de grandes choses. »

Dans sa dernière interview aux médias européens, Donald Trump a levé un coin du voile sur ce que pourrait être un « bon accord » avec la Russie : lever les sanctions en échange d’une réduction des armes nucléaires et d’une coopération dans la lutte contre le terrorisme. Un tel scénario mettrait fin à la ligne directrice de la diplomatie américaine (et européenne) qui conditionne la fin des restrictions économiques à la mise en œuvre des accords de paix de Minsk, une série de mesures pour mettre fin au conflit dans l’est de l’Ukraine.

Va-t-il continuer à provoquer la Chine ?

Durant sa campagne comme au lendemain de son élection, Donald Trump n’a pas ménagé la puissance chinoise qu’il accuse de tous les maux – dumping social, manipulation de sa monnaie le yuan, violation des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) – et qu’il menace déjà de représailles comme une forte hausse des tarifs douaniers. On peut donc s’attendre à une poursuite de la guerre commerciale avec la Chine, même si le président chinois Xi Jinping a souligné mardi à Davos que celle-ci « ne ferait que des perdants ».

Sur un plan diplomatique, cette fois, Trump a déjà provoqué la Chine en répondant au lendemain de son élection à un appel de la présidente taïwanaise. Une première. Il a écrit qu’il ne se sentait pas lié par la politique « d’une seule Chine » datant de 1979 entre Washington et Pékin, et a rappelé que la souveraineté chinoise sur l’entière Mer de Chine du Sud n’était pas acceptable, comme les bases militaires de Pékin sur certains îlots. Pour la Chine, le statut de Taïwan (partie intégrante de la Chine) n’est pas négociable, au risque de provoquer une guerre, et sa souveraineté est totale en Mer de Chine.

Quelle sera sa politique de défense ?

Donald Trump considère l’Alliance atlantique comme « obsolète », parce que, dit-il, elle a été créée il y a « de très, très nombreuses années », qu’elle ne s’occupe pas assez de contre-terrorisme et que ses États-membres ne paient pas « leur part équitable » du fardeau de la sécurité européenne, ce qui est, selon lui, « très injuste » pour les États-Unis.

Ses positions sur la question de l’élargissement de l’Otan à l’Ukraine et à la Géorgie, la défense antimissile en Europe centrale et le déploiement de troupes de l’Otan dans les pays Baltes et en Pologne, décidé par les deux derniers sommets de l’Otan en réponse à l’annexion de la Crimée et au soutien russe aux séparatistes ukrainiens, ne sont pas claires.

Par ailleurs, le président a demandé au Pentagone de lui proposer, d’ici un mois, un plan pour intensifier la campagne contre Daech et les autres groupes extrémistes en Irak et en Syrie. Les options possibles incluent une augmentation du nombre de forces spéciales déployées sur le terrain et l’octroi d’une plus grande marge de manœuvre tactique aux chefs militaires, à l’exclusion du déploiement d’une force de combat au sol.

Des dizaines de postes restent à pourvoir au National Security Council (NSC), au Pentagone et au département d’État. En désaccord avec l’entourage de Donald Trump sur le choix des principaux responsables de son ministère, le général James Mattis, futur chef du Pentagone, a demandé à Bob Work, secrétaire adjoint à la défense sortant, de rester à son poste pour assurer une forme de continuité.

Quelle est sa vision de l’Europe ?

Dans ses interviews récentes à des journaux européens, Donald Trump a joué les Cassandre pour l’Union européenne en prédisant la sortie d’autres pays que le Royaume-Uni, le Brexit étant pour lui « une grande chose ». Il table sur la désunion en évoquant une UE « au service de la puissance allemande », l’ennemie commerciale à abattre. Le revirement est brutal pour l’Amérique, dont la contribution a été décisive pour l’unification après la Seconde Guerre mondiale. Donald Trump ne veut plus payer pour la défense militaire de l’Europe à travers l’Otan.

Cette ligne isolationniste était la même lorsqu’il était en campagne. Au lendemain du référendum britannique, Donald Trump était en Écosse et avait déclaré, réjouit : « Ce qu’il s’est passé au Royaume-Uni, c’est ce qu’il va se passer en novembre. Votez Trump ! », « le peuple veut’retrouver son pays’ ». Peu après son élection, il s’est d’ailleurs dépêché d’inviter son équivalent européen, le premier ministre hongrois Viktor Orbán. Tout ceci n’est pas sans arrière-pensées protectionnistes. En visant les faiblesses politiques de l’UE, Donald Trump cible aussi la première puissance commerciale du monde, dont les échanges, les exportations de services, le PIB, sont bien supérieurs à ceux des États-Unis. Un pari risqué : s’il échoue à semer la discorde, il pourrait indirectement provoquer le rapprochement de l’UE avec d’autres grands partenaires.

Peut-il détricoter les accords de libre-échange ?

Difficile de répondre tant Donald Trump semble imprévisible, et parce que son équipe le contredit régulièrement. « Récemment, un conseiller a assuré que Donald Trump n’allait pas déchirer l’Alena, l’accord de libre-échange avec le Mexique et le Canada, rappelle Jérôme Héricourt, au Cepii. Nous verrons qui l’emportera mais le président a tellement promis de dénoncer les traités commerciaux que le coût politique d’un reniement serait énorme. Et puis, il semble vraiment croire en son programme et va donc l’appliquer. »

L’abandon du projet d’accord avec l’UE, qui avait déjà du plomb dans l’aile, ne fait aucun doute. Et le traité transpacifique, dont la ratification est bloquée au Congrès, pourrait finalement se faire sans les États-Unis, même si « ce serait une erreur monumentale, qui laisserait le champ libre à la puissance chinoise en Asie », avertit Philippe Waechter, chez Natixis AM. Quant à l’Alena, « les menaces de taxer fortement les produits du Mexique sont déjà une manière de le remettre en cause, analyse Jérôme Héricourt. S’il passe à l’acte, le Mexique et le Canada pourront mener des rétorsions ». D’autres tempèrent toutefois, arguant que Donald Trump devra composer avec les élus du Congrès, qui n’ont pas tous une position aussi ferme. Sans compter les problèmes juridiques à surmonter.

Gilles Biassette, François D’Alançon, Marianne Meunier, Olivier Tallès, Dorian Malovic, Jean-Baptiste François, Marie Dancer

Lacroix.com

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