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28/03/2016

Assad conforté par la reprise de Palmyre à l’Etat islamique

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Dix mois après avoir été capturée par l’organisation Etat islamique (EI), la perle du désert syrien est repassée sous le contrôle du régime Assad. Dimanche 27 mars, Damas a annoncé avoir délogé les derniers djihadistes de l’oasis de Palmyre, l’un des sites antiques les plus majestueux du Proche-Orient. Lancée il y a près de vingt jours, l’offensive des troupes pro gouvernementales a été facilitée par le soutien aérien de l’aviation russe, guidée au sol par des forces spéciales venues de Moscou.


La conquête de la ville par l’EI, en mai 2015, avait causé un immense émoi dans l’opinion publique occidentale, qui avait ensuite assisté, médusée, au dynamitage de plusieurs vestiges gréco-romains ainsi qu’à la décapitation de l’ancien directeur du site. C’est dire que la reprise de cette cité caravanière offre au pouvoir syrien, boycotté par la quasi-totalité des capitales occidentales, une victoire au moins autant militaire que médiatique. Sur le vieux continent, encore sous le choc des attentats de Bruxelles, l’événement promet de relancer le débat sur l’opportunité de renouer avec les autorités de Damas.

Des appels en ce sens ont d’ailleurs été lancés durant le week-end pascal par cinq députés français, du parti Les Républicains, venus dans la capitale syrienne en signe de solidarité avec les chrétiens d’Orient. Organisé par Thierry Mariani, élu de la onzième circonscription des Français de l’étranger, ce voyage avait été désapprouvé par le Quai d’Orsay, tout comme les précédents déplacements de ce genre. « M. Al-Assad n’est pas un président idéal et sans reproche mais il est en train de gagner la guerre, et nous avons des intérêts communs et des ennemis communs avec lui », a déclaré au Monde M. Mariani.

La bataille de Palmyre constitue la première percée du régime en dehors de la « Syrie utile », l’axe Damas-Lattaquié-Alep, où se concentre l’essentiel de la population et de l’activité économique. Les combats, extrêmement violents, ont fait 400 morts dans les rangs de l’EI et 180 parmi les assaillants. Leur avancée n’aurait pas été possible sans les bombardements de l’aviation russe, qui ont parfois atteint le rythme de 30 à 40 par jour.

Une opération hautement symbolique

La trêve en vigueur depuis la fin février avec les rebelles a aussi permis à Damas et ses alliés d’affecter à cette opération hautement symbolique un nombre très élevé de forces, puisées dans différents corps : l’armée régulière, le Hezbollah libanais, les Gardiens de la révolution iraniens, et diverses milices, comme les Faucons du désert, l’une des formations paramilitaires syriennes les plus efficaces.

Devant les parlementaires français qu’il a reçus dimanche, le président syrien Bachar Al-Assad a qualifié cette victoire d’« exploit ». « Il s’agit d’une nouvelle preuve de l’efficacité de la stratégie de l’armée syrienne et de ses alliés dans la guerre contre le terrorisme, en comparaison avec le manque de sérieux de la coalition menée par les Etats-Unis » contre l’EI, a claironné le maître de Damas, que le président russe Vladimir Poutine a félicité en personne, par téléphone.

Jusque-là pourtant, les troupes syriennes ne s’étaient guère distinguées dans la lutte contre l’armée au drapeau noir. Cet honneur revenait aux milices kurdes, qui l’ont délogée de Kobané (janvier 2015) et Tel Abyad (juin 2015) avec l’appui aérien américain, ainsi qu’aux forces anti-Assad, qui l’ont boutée d’Alep et de la province d’Idlib en janvier 2014.

Entre leur apparition initiale sur le champ de bataille syrien, en avril 2013, et le tournant de l’été 2014, qui correspond à leur expansion foudroyante, sur un territoire à cheval sur l’Irak et la Syrie, les djihadistes ont pu progresser sans être inquiétés ou presque par l’armée régulière. Ces deux acteurs de la tragédie syrienne concentraient l’essentiel de leurs attaques sur les brigades rebelles, identifiées comme leur ennemi numéro un.
La tactique d’évitement du régime a viré au fiasco, au mois d’août 2014, lorsque 160 soldats ont été exécutés par l’EI près de Raqqa, sa capitale en Syrie. Le tollé suscité par ce massacre obligea le régime Assad à se confronter davantage aux ultra-radicaux. Mais sans faire de ce combat sa priorité.

La course à la reconquête pourrait bientôt démarrer

C’est ainsi qu’au mois de mai 2015, les partisans d’Abou Bakr Al-Baghdadi, le chef de l’EI, se sont emparés de Palmyre en seulement trois, quatre jours de combats. La débandade des forces régulières, soulignée jusque dans les milieux loyalistes, a été perçue par certains opposants comme une manœuvre délibérée, destinée à gonfler encore un peu plus l’épouvantail djihadiste. Cette défaite intervenait à un moment d’épuisement du régime, qui venait de perdre coup sur coup deux villes, dont une capitale provinciale (Idlib), et un poste frontière avec la Jordanie.
Sitôt aux commandes de Palmyre, les soldats du califat, proclamé par Al-Baghdadi, ont fait sauter le bagne que la ville abritait et où des milliers de Syriens ont été pendus ou fusillés dans les années 1980. Puis, comme redouté, ils se sont mis à démolir, au nom de leur rejet de l’idolâtrie, plusieurs des trésors antiques de la ville, comme les temples de Bêl et de Baalshamim et l’Arc de triomphe, poussant le vice jusqu’à filmer l’exécution d’une vingtaine de militaires dans le théâtre antique.

Moins d’un an plus tard, la cité de la légendaire reine Zénobie se retrouve débarrassée de ces fanatiques. Dans la foulée de cette victoire, l’armée syrienne devrait, selon toute logique, avancer en direction de Deir Ez-Zor, une ville sur l’Euphrate, plus à l’Est, où ses hommes sont assiégés par l’EI. Si la trêve se poursuit avec les rebelles, les troupes loyalistes pourraient aussi faire mouvement vers Rakka, plus au nord, dont les Forces démocratiques syriennes, une alliance kurdo-arabe, se rapprochent depuis quelques semaines. La course à la reconquête de la citadelle djihadiste en Syrie pourrait très bientôt démarrer.

Source : Le Monde

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