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17/09/2015

« Une longue période d’instabilité s’ouvre au Burkina Faso »

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La crise politique s’aggrave au Burkina Faso, jeudi 17 septembre, avec la désignation par les putschistes du général Gilbert Diendéré, l’ancien bras droit de Blaise Compaoré, comme nouvel homme fort du pays. La veille, des éléments de la garde présidentielle ont interrompu le conseil des ministres et pris en otage le chef de l’Etat, Joseph Kafando, et son premier ministre, Isaac Zida. Ces derniers sont toujours retenus à Ouagadougou.

Pour Réné Otayek, politologue, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et chercheur au CNRS (Centre national de recherche scientifique),
et professeur à Sciences po Bordeaux, ce pustch illustre la « fragilité » des mobilisations citoyennes. Mais surtout, il installe le pays dans une « instabilité appelée à durer longtemps ».

Faut-il voir la main de l’ancien président Blaise Compaoré derrière ce coup d’Etat ?

Malgré son éloignement géographique très relatif, Blaise Compaoré n’a jamais abandonné l’ambition de revenir au pouvoir ou à défaut de voir ses partisans reprendre le pouvoir. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le débat politique s’est cristallisé autour de la question de la possibilité pour les proches de l’ancien régime de se présenter ou non aux élections qui étaient prévues le 11 octobre et qui n’auront de toute évidence pas lieu. Le fait que ce soit le RSP [Régiment de sécurité présidentielle, ancienne garde prétorienne de Compaoré] qui soit à l’origine de ce coup d’Etat montre que l’ombre de Compaoré n’est pas loin. Mais je ne pense pas que Blaise Compaoré effectuera pour autant physiquement un retour au Burkina Faso.

Les putschistes ont-ils les moyens de se maintenir au pouvoir ?

Avec la désignation de Gilbert Diendéré comme président du Conseil national de la démocratie – l’autorité mise en place par les putchistes –, le sentiment est plutôt que le coup de force tienne. Les militaires se sont clairement emparés du pouvoir et la mobilisation qui avait permis le renversement de Blaise Compaoré a du mal à prendre. Des organisations qui avaient joué un grand rôle dans le renversement de l’ancien président, comme le « Balais Citoyen », sont confrontées à un pouvoir militaire qui affirme qu’il n’hésitera pas utiliser la force pour empêcher les manifestations.


De quelle marge de manoeuvre disposent les collectifs citoyens pour contrer le nouveau pouvoir ?

Ce coup de force démontre que la société civile est en mesure de déclencher un mouvement, de parvenir à obtenir la chute d’une régime, mais qu’elle a encore beaucoup de difficultés à conduire à son terme une transformation. Elle manque de capacités organisationnelles, politiques ou idéologiques pour mener à terme la transition démocratique. Il faudrait que le relais soit pris par des forces politiques. C’est l’un des élements qui explique le succès de la transition tunisienne. Il y avait des forces qui ont permi d’élaborer un programme de transition qui a abouti au résultat que l’on sait.
Les élections prévues le 11 octobre peuvent-elles encore avoir lieu ?

Il y a peu de chance que le processus démocratique se poursuive : les élections n’auront pas lieu. C’est clairement un échec de la transition et un renversement de situation. Un retour à la légalité dans l’immédiat est peu probable. Si des pressions africaines et internationales ne font pas reculer le régime putchiste, le Burkina Faso va s’installer dans une période d’instabilité appelée à durer longtemps.

Lemonde.fr

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