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19/07/2015

La Grèce, un pays hautement stratégique ?

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Si la crise grecque soulève nombre de questions économiques,la place
géostratégique de la Grèce sur l'échiquier international n'est pas non
plus à ignorer.
Serait-on, à la faveur de la crise grecque, en train de redécouvrir l’utilité de la Grèce dans un nombre peut-être insoupçonné de dossiers ? Au-delà de la dimension économique, largement commentée depuis les mois voire les années que dure la crise, un regard sur les aspects géopolitiques et géostratégiques nous fait redécouvrir la place somme toute assez incontournable de la Grèce.
La position de la Grèce dans le contexte méditerranéen, proche et moyen-oriental, balkanique, africain, est essentielle. Sans compter l’Otan dont la Grèce fait partie depuis 1952, à l’instar de la Turquie. Les relations bilatérales entre Athènes et
Ankara sont aujourd’hui meilleures qu’il y a quelques années. Mais la confiance n’est pas là. La normalisation non plus, tant que la question chypriote n’aura pas été réglée.

La prise de conscience de ce faisceau d’intérêts, les Américains ont été les premiers à l’exprimer – il faut dire qu’ils ne sont pas concernés par les mêmes enjeux financiers - et à alerter sur les risques d’une plongée dans l’inconnu qu’aurait représenté une sortie de la Grèce de la zone euro.

La Grèce un pays hautement stratégique ? Cet aspect des choses est à double tranchant. « La valeur stratégique de la Grèce est une explication à la grande tolérance de la communauté internationale dans la période précédant la crise, en même temps qu’une justification de la volonté de porter secours à Athènes » explique Georges Prevelakis, professeur de Géopolitique à l’université Panthéon Sorbonne et auteur de Géopolitique de la Grèce aux éditions Complexe.

La Russie et l'Iran
Un rapide retour sur l’histoire n’est pas inutile. Cela nous rappelle que l’arrimage de la Grèce à l’Occident dans l’après-Seconde Guerre mondiale et son entrée dans les instances euro-atlantiques avaient pour principal objectif de sortir le pays des risques de le voir basculer dans le camp soviétique. L’histoire se répète-t-elle ? Force est, en tout cas, de constater qu’une Grèce défaillante n’est pas très attirante pour la Russie, elle-même en difficulté. Et l’intérêt de Moscou pour Athènes a sans doute perdu en intensité depuis l’annexion de la Crimée par la Russie. Eviter l’isolement de la Grèce et les incertitudes en découlant. C’est là une des priorités.

L’actualité de cette semaine, marquée par l’accord sur le nucléaire iranien et la levée des sanctions à l’encontre de Téhéran est une bonne nouvelle pour Athènes. La Grèce qui a toujours entretenu de bonnes relations avec l’Iran pourrait même apparaitre comme un acteur majeur à très court terme dans la distribution du gaz iranien en Europe. Historiquement, la Grèce a servi de pont entre l’Union européenne et l’Iran, ainsi qu’entre Washington et Téhéran. L’Iran a été le premier fournisseur de pétrole à la Grèce entre 2006 et 2011, sous d’excellentes conditions pour la Grèce.

Le Proche-Orient et les Balkans
Dans le contexte est-méditerranéen, Athènes est à la fois un partenaire de confiance pour Washington et Tel-Aviv. Le rapprochement avec Israël s’est fait au bénéfice du vide dans la relation turco-israélienne intervenu en 2010-2011. La question énergétique fait figure de pierre angulaire de ce rapprochement.
Difficile encore d’isoler la Grèce dans le contexte migratoire. Le pays est l’une des portes d’entrée de clandestins en Europe. 63 000 migrants en provenance essentiellement de Syrie sont arrivés en Grèce cette année.

La situation dans les Balkans est également un enjeu. Athènes est à voir comme un facteur de stabilisation dans une région où les conséquences de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie se font encore sentir.
L’image de la Grèce est-elle affectée par la crise, et que dire des conséquences sur la crédibilité du pays dans les affaires internationales ? Le pays n’est pas au bout de ses difficultés. Mais la question énergétique pourrait les alléger.

Reuters/John Kolesidis

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